Force Ouvrière : continuité historique, pluralisme et combat social (1906-aujourd’hui)
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L’origine : la Charte d’Amiens
L’identité de Force Ouvrière s’inscrit dans une histoire plus ancienne qu’elle-même. En 1906, la CGT
adopte la Charte d’Amiens, texte fondateur du syndicalisme français moderne. Il établit trois piliers :
. l’objectif d’émancipation sociale intégrale : « la disparition du salariat et du patronat »
. la défense exclusive des travailleurs « contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression »
. l’indépendance à l’égard des différentes tendances politiques ou philosophiques, et
religieuses.
Ce socle historique constitue la matrice dont la CGT-FO est issue.
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1947-1948 — Une scission qui prolonge un héritage
À la Libération, la CGT reconstituée connaît une influence croissante du Parti communiste français. Une
partie de ses responsables estime que cette évolution compromet l’autonomie syndicale.
Entre décembre 1947 et avril 1948, un mouvement de départ massif s’organise :
· structures départementales,
· fédérations professionnelles,
· équipes militantes,
· responsables confédéraux.
Ces forces ne disparaissent pas : elles se regroupent pour former la CGT-Force Ouvrière.
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Pourquoi FO est l’héritière directe de la CGT historique
Cette continuité repose sur des faits historiques concrets.
Continuité de principes
Les fondateurs maintiennent explicitement les bases de 1906 : indépendance syndicale, priorité aux
revendications sociales, refus de toute subordination politique.
Continuité humaine
La figure centrale demeure Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947. Sa présence dans la
fondation de FO établit un lien direct entre la CGT d’avant-guerre et la nouvelle confédération.
Continuité organisationnelle
FO se constitue à partir de structures existantes : implantations locales, réseaux militants, cultures
professionnelles. Elle représente ainsi une reconfiguration interne du syndicalisme confédéral, non une
création ex nihilo.
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Une mosaïque syndicale vivante
L’une des particularités historiques de FO depuis sa fondation réside dans la coexistence durable de
militants de sensibilités différentes. Cette pluralité n’est pas accidentelle : elle structure son fonctionnement.
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Les différents secrétaires généraux de FO ont illustré, chacun à leur manière, la fidélité aux fondateurs de la CGT de 1906 comme aux fondateurs CGT-Force ouvrière en 1948, tout en s’adaptant et en adaptant
l’organisation aux contextes sociaux et politiques de la période.
André Bergeron (1963-1989), a mis en avant cette conviction : obtenir des résultats concrets pour les
salariés par la négociation ferme, en valorisant :
· le paritarisme,
· la discussion sociale structurée,
· les accords utiles.
Sa singularité, constante : négocier sans jamais s’aligner.
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Marc Blondel (1989-2004), a replacé le rapport de force au centre de l’action syndicale.
· mobilisation massive,
· langage direct,
· opposition frontale aux réformes jugées régressives.
Il rappelle que la négociation ne vaut que si l’équilibre des forces existe.
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Jean-Claude Mailly (2004-2018) a développé une approche analytique des rapports sociaux :
· participation aux concertations,
· influence dans l’élaboration des textes,
· lecture technique des réformes.
Sa logique : être présent là où se décident les normes pour peser sur leur contenu.
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Yves Veyrier (2018-2022) a renforcé un discours critique face aux transformations du modèle social :
· réformes des retraites,
· assurance chômage,
· transformations du travail.
Il a insisté sur la dimension systémique des politiques économiques.
Ces lignes incarnées par les secrétaires généraux se conjuguent à l’existence de militants aux traditions
différentes dans toute l’organisation, de sensibilité « réformiste » ou se réclamant de la lutte des classes
(socialistes, libertaires, trotskystes…)
Dans FO, totalement fidèle en cela à la Charte d’Amiens, Les militants débattent, notamment lors des congrès.
Un syndicat interprofessionnel : la société en miniature
FO regroupe des salariés issus d’un spectre extrêmement large de secteurs :
· industrie et métallurgie,
· fonction publique d’État,
· territoriale et hospitalière,
· santé et médico-social,
· commerce et grande distribution,
· transports et logistique,
· énergie,
· télécommunications,
· banques et assurances,
· protection sociale,
· agriculture,
· culture,
· ingénierie,
· numérique,
· artisanat,
· cadres et techniciens...
Cette diversité fait de la confédération Force Ouvrière un observatoire global du travail réel. Chaque réforme est analysée non isolément mais dans ses effets en chaîne sur l’ensemble du corps social, ce qui permet le cas échéant sa contestation à tous les niveaux de l’organisation.
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Les revendications : une architecture revendicative constante
Depuis sa création, FO défend un ensemble cohérent de positions structurantes.
Salaires
· augmentation générale,
· indexation sur l’inflation,
· revalorisation des grilles,
· défense du SMIC,
· égalité salariale femmes-hommes.
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Fonction publique
FO revendique notamment :
· la fin du gel du point d’indice,
· la revalorisation statutaire,
· des effectifs suffisants,
· la défense du statut général.
Pour FO, la rémunération des agents publics conditionne la qualité du service rendu à la population.
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Conventions collectives
FO s’oppose :
· à leur affaiblissement,
· à la primauté systématique des accords d’entreprise,
· à l’individualisation des droits.
Les conventions sont considérées comme une garantie collective essentielle.
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Sécurité sociale
Positions constantes :
· financement par cotisations,
· gestion paritaire,
· maintien de l’universalité.
C’est pourquoi FO s’est opposée à chacune des « réformes » qui prétendaient, toutes, remettre en cause les
principes de la Sécu de 1945.
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Retraites
FO défend :
· le système par répartition,
· le refus des reculs d’âge,
· la reconnaissance de la pénibilité.
Ce qui a conduit les syndicats à s’unir pour exiger le retrait puis l’abrogation des différentes contre-réformes
des retraites depuis 1995.
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Emploi
FO combat :
· licenciements boursiers,
· suppressions de postes injustifiées,
· restructurations purement financières.
Elle revendique :
· transparence économique,
· contrôle social,
· responsabilité des employeurs.
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Services publics
FO défend :
· présence territoriale équilibrée,
· égalité d’accès,
· moyens humains,
· maintien des missions.
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Une force historique en mouvement
Force Ouvrière demeure une organisation singulière dans l’histoire sociale française : héritière directe du
syndicalisme confédéral du début du XXᵉ siècle, traversée de traditions militantes multiples mais unie par un
principe central — l’indépendance.
Elle avance comme un navire construit dans les tempêtes de l’histoire, coque forgée par les luttes passées, voiles gonflées par la diversité de ses sensibilités, gouvernail tenu collectivement. Autour d’elle, les eaux se troublent : réformes structurelles, précarisation, restructurations, PSE, tensions économiques.
Mais son cap reste constant : la défense des droits des travailleurs, des droits collectifs, de la justice sociale et de la paix.

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