🔴Emploi en France : chronique d’une catastrophe soigneusement organisée
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- il y a 1 jour
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En France, le taux de chômage officiel se situe autour de 7,8 à 8 % fin 2025–début 2026, selon l’INSEE, soit environ 2,4 à 2,6 millions de personnes sans emploi. Ces chiffres sont régulièrement présentés comme le signe d’une stabilisation du marché du travail et d’une certaine résistance de l’économie.
Cependant, ces indicateurs ne reflètent qu’une partie limitée de la réalité sociale. Ils ne prennent pas pleinement en compte le sous-emploi, les temps partiels contraints, les travailleurs découragés sortis des statistiques, ni la multiplication des contrats précaires. Dans le même temps, les plans sociaux, les restructurations et les fermetures de sites industriels se multiplient.
Derrière un chômage officiellement « contenu », c’est donc une crise structurelle de l’emploi qui s’installe progressivement, marquée par l’instabilité des parcours professionnels, la perte de protections collectives et une montée durable de l’insécurité sociale.
Une industrie fragilisée et des territoires sous tension
Voici quelques exemples concrets qui illustrent l’ampleur des fragilisations industrielles et des relocalisations partielles ou contraintes qui affectent aujourd’hui de nombreux territoires.
Dans l’automobile, Stellantis et Renault poursuivent des réorganisations profondes de leurs sites, avec des réductions d’activité et des suppressions d’emplois, qui fragilisent durablement les bassins industriels et les réseaux de sous-traitance.
Dans la sidérurgie, ArcelorMittal et Vallourec ont engagé des restructurations successives, réduisant les capacités de production françaises au profit d’arbitrages internationaux.
Dans l’agroalimentaire, Orangina Suntory France a fermé ou réorganisé plusieurs sites, illustrant la fragilité croissante d’un secteur pourtant historiquement stable.
Dans l’énergie et les équipements, General Electric en France poursuit depuis plusieurs années une politique de désengagement industriel, malgré l’importance stratégique de ces activités.
Enfin, dans les transports, Alstom a mené des ajustements répétés, impactant fortement certaines régions dépendantes de cette filière.
Ces restructurations successives affaiblissent durablement les territoires, fragilisent le tissu économique local et réduisent les perspectives d’emplois industriels stables.
Une multiplication des plans sociaux et des restructurations
Depuis 2023, les plans sociaux et les restructurations se sont intensifiés dans l’ensemble des secteurs économiques. Industrie, services, commerce, logistique et numérique sont désormais concernés.
Parmi les entreprises ayant engagé des suppressions de postes figurent notamment :
Capgemini
Atos
Orange
SFR
Carrefour
Casino
Auchan
FedEx
Yves Rocher...
Selon la DARES, plusieurs dizaines de milliers d’emplois sont menacés chaque année dans le cadre de plans de sauvegarde de l’emploi. Ces opérations prennent la forme de fermetures de sites, d’externalisations ou de transferts d’activités à l’étranger, accentuant l’insécurité professionnelle.
GEPP : une gestion de l’emploi souvent détournée
La généralisation des dispositifs de gestion prévisionnelle des emplois et des parcours professionnels (GEPP) constitue aujourd’hui un levier central des stratégies de restructuration.
Présentés comme des outils d’anticipation et de sécurisation, ces dispositifs servent fréquemment à organiser des mobilités contraintes, des reconversions inadaptées ou des départs sous pression. Ils permettent souvent d’éviter les licenciements économiques directs, tout en aboutissant à une réduction réelle des effectifs.
Cette évolution affaiblit progressivement les garanties collectives et renforce l’individualisation des relations de travail.
Intelligence artificielle et automatisation du travail
La diffusion rapide de l’intelligence artificielle transforme profondément l’organisation du travail. Dans les centres d’appels, les services clients, la communication, l’administratif ou l’analyse de données, de nombreuses fonctions sont désormais automatisées ou fortement rationalisées.
Si ces technologies peuvent améliorer certains processus, elles sont aujourd’hui principalement utilisées comme leviers de réduction des coûts salariaux, sans politique globale d’accompagnement social ni plan de formation suffisant.
Cette transition numérique fragilise de nombreux métiers intermédiaires et accroît les risques de déclassement professionnel.
Une précarisation croissante des parcours professionnels
Parallèlement aux suppressions d’emplois, le marché du travail se caractérise par une montée continue de la précarité.
Selon l’INSEE, près de 16 % des salariés occupent un emploi précaire, et environ 1,7 million de personnes sont en situation de sous-emploi. Une part croissante des recrutements s’effectue sous forme de CDD courts, d’intérim ou de temps partiel subi.
De nombreux travailleurs alternent désormais périodes d’activité instable et chômage, ce qui fragilise durablement leurs droits sociaux, leur accès au logement et leur stabilité financière.
Jeunes et seniors : les publics les plus fragilisés
La dégradation du marché du travail touche particulièrement les jeunes et les seniors.
Chez les 15–24 ans, le taux de chômage dépasse 17 % début 2026, soit plus du double de la moyenne nationale. Près d’un jeune actif sur deux occupe un emploi précaire, ce qui retarde l’accès à l’autonomie et à une insertion durable.
Du côté des plus de 55 ans, plus de 60 % des demandeurs d’emploi sont en chômage de longue durée. Les discriminations liées à l’âge, le manque de formation continue et les restructurations rendent le retour à l’emploi particulièrement difficile.
Ces deux catégories illustrent les déséquilibres profonds du marché du travail actuel.
Un chômage sous-estimé par les indicateurs officiels
Le taux de chômage au sens du BIT ne reflète qu’une partie de la réalité. Il exclut notamment les personnes découragées, celles en formation contrainte et celles enfermées dans des contrats très courts.
Si l’on intègre le halo autour du chômage, le sous-emploi et les travailleurs précaires, ce sont plusieurs millions de personnes supplémentaires qui vivent une situation d’insécurité professionnelle.
La stabilité apparente des chiffres masque ainsi une dégradation qualitative profonde.
Des salaires en retard sur l’inflation
Dans ce contexte, l’évolution des salaires reste insuffisante. En 2024 et 2025, les hausses moyennes ont souvent été inférieures à l’inflation cumulée.
Selon la Banque de France, le rattrapage salarial demeure partiel, tandis que les dépenses contraintes augmentent fortement. Pour de nombreux salariés, travailler à temps plein ne garantit plus un niveau de vie stable.
Cette situation alimente un sentiment croissant de déclassement et de frustration sociale.
Une crise structurelle de l’emploi
Affaiblissement industriel, multiplication des plans sociaux, contournement des protections collectives, automatisation non régulée, précarisation massive, fragilisation des jeunes et des seniors et stagnation salariale dessinent une crise profonde du travail en France.
Cette situation ne relève pas d’un simple cycle économique, mais d’une transformation structurelle du modèle productif et social.
Pour Force Ouvrière, l’emploi ne peut pas être réduit à une variable d’ajustement. Il constitue un pilier essentiel de la cohésion sociale, de la dignité individuelle et du développement territorial.
La défense de l’emploi stable, des salaires décents, de la formation tout au long de la vie et des droits collectifs demeure un enjeu central.
Sources
INSEE – Emploi, chômage, sous-emploi
DARES – Marché du travail, PSE, restructurations
France Travail – Chômage longue durée
Boursorama – Données sociales et économiques
Banque de France – Perspectives économiques
Reuters – Restructurations industrielles
AFP, Les Échos, La Tribune (dossiers emploi-industrie)

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